Nous avons souhaité recueillir les témoignages directe des personnes en situation de “sans chez soi” en faisant appel à différentes associations dans différentes villes.
Pour aider les personnes qui seraient amenées à recueillir les propos des personnes qui souhaitent s’exprimer, nous avons proposé un document qui permet d’avoir une trame si besoin que vous pouvez consulter: note_demande_temoignage-doc-officiel15 :
Voici un premier témoignage recueilli dans un Centre d’Accueil de Soin et d’Orientation de Médecins du Monde à Marseille. Le témoignage a été anonymisé.
TEMOIGNAGE
Propos recueilli auprès de Monsieur A. (né dans les années 70, de nationalité d’Afrique sub saharienne) par Ghislaine Boyer le premier juillet 2009, 0 Marseille, CASO de Médecins du Monde.
1/ Je dors dans la rue depuis plusieurs années, je suis arrivé en France le ../../1991 exactement.
Je suis venu à Médecins du Monde car j’ai mal à ma main gauche, j’ai une entaille des doigts à la main gauche après m’être coupé avec une bouteille de verre.
Mon ami qui dort à côté de moi a appelé les pompiers, parce que moi, j’étais complètement dans les vapes, j’étais saoul (…)
Alors les pompiers m’ont conduit à l’hôpital Nord (grand hôpital public situé dans les quartiers pauvres de la ville). Là, j’ai attendu, putain, c’était long. En plus, l’infirmier ne m’a même pas regardé. J’ai été infirmier dans l’armée alors je sais de quoi je parle. J’ai attendu et puis finalement au bout d’une heure les pompiers m’ont conduit à l’hôpital Desbief (Hôpital situé à coté des deux grands foyers marseillais pour les personnes sans abri). Et là, j’ai encore attendu, alors j’en ai eu marre et je me suis barré. (…)
Je suis venu à Médecins du Monde ce matin pour me faire soigner, parce qu’ici ce n’est pas pareil, on me parle et on me soigne sans me poser de questions.
2/ Je dors dans la rue, je ne dors même plus à La Madrague (Unité d’Hébergement d’Urgence, Deuxième plus grand foyer d’accueil d’urgence de France, avec plus de 300 places, situés dans les quartiers Nord de Marseille, sous une bretelle d’autoroute). Je suis alcoolique et je sais bien que c’est foutu maintenant pour faire une cure. J’ai des potes qui l’ont fait et ça n’a pas marché.
Je sais qu’avec mon AME (Aide Médicale Etat) je peux aller me faire soigner, mais à chaque fois je suis mal reçu, je n’ai pas la patience d’attendre. Et puis, à l’hôpital, ils s’en foutent.
Moi, je suis un alcoolique, j’ai pris du crack pendant plusieurs années quand j’étais en Guyane, mais maintenant ça va.
De la bière je suis passé au vin, parce que c’est mon cher. Et voilà, je reste là, tranquille.
J’aurai besoin de gens gentils avec moi, qui m’écoute et me prenne au sérieux. (…)
3/ Quand ça va pas, je viens à Médecin du Monde. Ca fait longtemps qu’ils me connaissent. C’est mieux ici, je connais les personnes qui travaillent ici, on discute. Et puis quand on me dit de revenir dans 2 jours pour le pansement, je reviendrai, parce que je n’ai pas envie que ça me fasse encore plus mal et qu’on me coupe le doigt.
A la Madrague, ça fait deux ans, que l’assistante me dit qu’elle s’occupe de mes papiers. Parce que ça fait plus de 10 ans que je suis là. J’ai fait la Légion étrangère de …. à …. (7 ans dans les années 90).
Et puis c’est là que j’ai commencé avec le crack et je suis partie. Je n’avais plus rien.
Et depuis, je n’ai pas réponse pour mes papiers. J’ai fait de fois refaire mon passeport et à La Madrague on ne me dit rien. Moi, je ne vais pas au consulat du ……, sinon je mets le feu : ça fait deux ans que j’attends mon passeport et on me dit rien.
4/ Maintenant ma santé elle est ce qu’elle est, je suis alcoolique mais comment faire, je vis dehors, je n’ai plus de famille. Ouais ma putain de famille là, elle ne s’occupera pas de moi.
Alors comme ça, je reste tranquille, je viens ici me faire soigner, je vais à la Boutique Solidarité laver mon linge. Et puis, j’ai accompagné ce jeune là pour qu’il voit un médecin, parce que ça va pas du tout, il pleure tout le temps, et moi ça me fais chier de le voir comme ça. Il est dépressif, il est jeune et moi je suis un peu comme son papa.
Alors ma santé, moi ça va.